Le 21 Mars en poésie

A l’occasion de la journée internationale de la poésie, je vous ai fait une liste de mes poèmes préférés, que j’ai choisi après une longue, très longue hésitation.
Je vais commencer par Djalal Ad-dine Rumi, avec un poème d’une beauté sans pareille ‘’Tu es pour moi l’âme et le monde’’, écrit au 13ème siècle, qui ne me quitte plus depuis que je l’ai découvert, il y a quelques années. Je vous laisse avec non pas tout le poème, mais la partie sur laquelle j’ai travaillée pendant un de mes cours de théâtre.

Tu es pour moi l’âme et le monde. Que ferais-je de l’âme et du monde ?
Tu es pour moi un trésor répandu. Que ferais-je du gain et de la perte ?
Un temps je suis l’ami du vin, un temps l’ami des viandes grillées.
Puisqu’en ce cycle je suis en ruine, que ferais-je du cycle du temps ?
Par toute gent je suis effrayé, de tous je me suis libéré.
Ni ne me cache, ni ne me montre : que ferais-je de l’être et du lieu ?
De m’unir à toi je suis ivre, je n’ai en tête aucune créature.
Puisque pour toi je suis la proie et le gibier, que ferais-je de la flèche et de l’arc ?
Puisque je me trouve au profond du ruisseau, puisque je coule, pourquoi chercherais-je de l’eau ?
Que pouvoir dire, que dirais-je de ce ruisseau qui coule ?
Puisque j’ai délaissé l’existence, pourquoi porter la charge de la montagne ?
Puisque pour moi le loup est devenu berger, pourquoi supporter la caresse du berger ?
Quel bien est-ce d’aimer ! Quelle ivresse ! Car la coupe est au creux de la main !
Heureux l’endroit où tu te tiens, bonheur cela pour les yeux de l’âme.

Ensuite, voici ‘’Le déserteur’’, de Boris Vian :

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C’est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m’en vais déserter
Depuis que je suis né
J’ai vu mourir mon père
J’ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j’étais prisonnier
On m’a volé ma femme
On m’a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J’irai sur les chemins
Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d’obéir
Refusez de la faire
N’allez pas à la guerre
Refusez de partir
S’il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer

Je suis une très grande fan de Victor Hugo, de son talent, de sa force… Je vous laisse avec le poème qu’il a écrit pour sa fille, après l’avoir perdue.

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Pour finir, voici un magnifique poème de Sarah Kay, If I should have a daughter, interprété sur cette vidéo TEDx:

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